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  • jihem94

Ah Mater! (À MA TERRE)

L'autre jour, si près et si loin déjà, j'étais assis sur la terre ou plutôt sur l'herbe et je caressais doucement celle-ci. Un geste incontrôlé, et comme le dit le taoïste, c'est la main qui faisait et l'esprit qui a suivi. Et soudain mon esprit a pris conscience de ce geste si doux, si calme et apaisant que je me suis vu caresser la tête de mes enfants lorsqu'ils avaient un chagrin ou au moment d'aller au lit. Mais ce n'était pas de mes enfants dont il s'agissait mais de ma Terre mère. Je pris conscience que je caressais la tête de ma vieille, très vieille mère de 5 milliards d'années. Ce geste ma fait reconsidérer mon environnement. Cette vieille qui m'a vu naître vivre et me verra mourir m'a donné sans compter. Mais aujourd'hui je la regarde et là ou il y a du béton, c'est comme une plaque de psoriasis épaisse; là où les arbres sont abattus c'est comme une chimiothérapie qui lui a fait tomber tous les cheveux et poils, là où les labours profonds mortifient la terre, c'est comme des scarifications de tentatives de suicide; là où nous déversons notre merde sans nom mais toxique, c'est comme un poison que nous lui faisons avaler et la regardons se tordre et se courber dans d'atroces souffrances. Mais là où cela fait le plus mal, c'est qu'elle continue à avoir ce regard de bienfaisance pour chacun d'entre nous. Le bon ou le non-bon, le sot ou le non-sot, le riche ou l'indigent, elle ne discrimine en rien.

Alors je luis caresse la tête et le peu de cheveux qui lui restent. Je lui murmure que je m'excuse, que j'ai profité d'elle, que je participe à toute cette mascarade d'humains. Nous sommes des êtres tellement complexes. Oui la nature est âpre. Elle est violente car elle est basée sur des instincts primitifs de survie. Manger ou être mangé est sa devise. Mais l'homme, debout, aurait du sans extraire et faire le bon. Il a choisi de rester dans son animalité. Il obéit aux instincts de survie non contre la nature mais contre lui-même. Son pire ennemi est lui-même. Comment sortir de cette aporie?

Quel déclencheur ou catalyseur peut changer cet état de fait? Nous contaminons encore plus, nous avons inventé des armes dont la force de destruction est inimaginable mais pire nous avons inventé la guerre bactériologique. C'est sans fin et pourtant si, celle-ci est proche car il n'y a plus d'échappatoire, nous avons détruit ce qui nous entourait il nous reste à nous détruire.

Alors je caresse la tête de la mère Nature et je lui murmure que je lui pardonne ce qu'elle va devoir faire car il faut qu'elle agisse, il faut qu'elle se remue, il faut.... mais son souffle est bien lent, trop lent, ses yeux sont humides, l'un solaire l'autre lunaire n'ont plus l'éclat d'antan. Pourtant je crois à l'amour, je crois a cette force incommensurable de l'aimant et de l'aimée. Alors doucement, avec délicatesse je lui dis que je l'aime et que dorénavant je prendrai soin, tous les jours, de lui caresser un peu les cheveux, geste dérisoire peut-être mais une caresse même petite se ressent au plus profond de nos chairs.