le p'tit doigt m'a dit… L'oreille et ses mystères

L'oreille et ses mystères. Quelle incroyable anatomie que cette oreille. Alors pourquoi pas y faire un voyage comme Gulliver chez les géants. Imaginons-nous un instant un lilliputien qui se présente à l'entrée de cette oreille et tel un chemin initiatique présentons-nous avec respect devant l'entrée et allons quérir notre pierre philosophale.

D'abord nous sommes reçus dans le PAVILLON. Un vaste ouvrage énigmatique plein de circonvolutions qui nous conduisent tout simplement à l'entrée d'une partie plus sacrée. Notez que nous allons du pavillon extérieur à un endroit qui est une sorte de sas entre externe et interne pour enfin arriver à la partie la plus sacrée, la plus intérieure. Il y a une vraie identité de construction avec le temple de Salomon, qui se constitue du parvis, de l'ékhal et du débir.

Devant nous un long corridor, LE CONDUIT, légèrement rosé mais enduit d'une matière un peu grasse et quelques poils par ci par là qui y sont implantés. Cela ressemble à un des couloirs de la Sagrada Familia à Barcelone. Nous y entrons avec déférence et les bruits du dehors s'y étouffent un peu et se transforment en souffles mélodiques. Nous arrivons devant le tympan qui nous vient du grec et signifie tambour! Il désigne aussi l'espace semi-circulaire d'un portail, compris entre le linteau et un arc plein cintre ou une voûte d'ogive. On peut alors se remémorer les anciens villages où on l'on était accueilli par des tambours battants afin de prévenir de l'arrivée de personnes plus ou moins attendues. Devant ce tambour monumental il nous faut frapper pour être entendu "de l'autre côté". Nous entrons alors dans le saint des saints.

Tout de suite nous remarquons un énorme MARTEAU et une enclume. Le marteau s'interprète de différentes façons car au fil des ans, sa symbolique et son usage linguistique a évolué. Bien évidemment la première interprétation que nous pouvons en faire est celle d'un outil, poignée à l'extrémité de laquelle se trouve une masse en bois ou en métal.

Mais le marteau a eu ses heures de gloire avec la métaphore du membre viril. Peut-être cela explique-t'il en partie que la masturbation rend sourd?? Marteau et gourdin se sont âprement déchirés la place à ce niveau.

Autre temps autre mœurs, le marteau prend le sens de tourment. C'est là, dans notre tête et cela ne s'arrête jamais. Ainsi donc ce qui nous tourmente nous frappe incessamment sur cette enclume intérieure jusqu'à nous rendre fou.

Intéressons-nous à cette ENCLUME. Elle dérive de l'indo-européen qui signifie cape, peau, casque, et enfin frapper. Bref, c'est une surface qui doit recevoir les coups de marteau et les transmettre en fonction du rythme et de la hauteur du son émis. Ici nous ne sommes plus des explorateurs de l'inconnu, mais des forgerons. Nous allons maîtriser les métaux, les fondre et leur donner la forme souhaitée. Mais nous pouvons aussi penser que passer le tympan, il nous faut devenir forgeron afin de nous fabriquer un casque pourquoi pas ailé, le pétase, comme celui d'Hermès puisqu'ici le marteau frappe les pulsations de l'air. Ainsi d'un homme ordinaire, à l'entrée du pavillon, nous voilà en devenir, en transformation et au cours de notre quête nous nous habillons de différents symboles correspondant à notre évolution.

Nous sommes parés pour découvrir l'ÉTRIER. Evidemment que nous devons l'entendre comme l'"ÊTRE Y EST". Nouveau personnage qui signe notre évolution, nous devenons ici l'essence même de ce que nous devrions être. Pas de mensonges, pas de faux fuyants, nous sommes ce que nous sommes. Un être en devenir mais aussi en pleine possession de sa mutation qui s'exprime, rappelons-le par notre habillement.

Ainsi vêtu nous avançons plus avant et rencontrons le VESTIBULE. Ce mot signifie entrée. Mais de quelle entrée s'agit-il puisque nous avons déjà été accueilli au pavillon? Et bien ici nous entrons plus en profondeur, plus dans les endroits profonds, secrets ou privilégiés. Nous allons y découvrir à gauche le labyrinthe et à droite la cochlée.

Le LABYRINTHE qu'il soit celui du Minotaure ou de Chartres symbolise les errances humaines nécessaires à son élévation. Il représente les marches assurées lorsque le chemin est aisé et parfois l'arrêt et le retour devant des impasses de la vie. Le son ici peut s'égarer, se transformer et ne plus être à l'identique lors de son émission. Dans un labyrinthe tout peut devenir son contraire et nos errances ne sont que le reflet de nos égarements liés à nos certitudes. Nous ne savons qu'écouter mais pas entendre. On écoute avec sa raison, on entend avec son cœur. Parfois le cœur tente de nous le dire lorsque nous entendons notre propre cœur battre dans nos oreilles. Il joue du tambour mais nous ne comprenons pas. Nous continuons à jugés ou plutôt méjuger ce qui nous tourmente.

LA COCHLÉE nous vient du latin qui signifie escargot mais serait issu du croisement du latin conchylium (« coquille ») » avec le grec kákhêx (« caillou, galet »). La voilà notre pierre!!! Notre galet (gars laid) est là au fond de nos entrailles. Ce galet pierre plate est le graal tant recherché et c'est cela qui doit se transmettre au travers des nerfs vestibulaires et cochléaires.

Ainsi l'oreille est comme un film inversé d'un galet que l'on jette dans un lac endormi. Le galet pénètre l'eau y faisant immédiatement des vibrations visibles à la surface. Et bien l'oreille fonctionne à l'inverse de ce film. On y voit des ondes, les messages que nous recevons et d'un coup apparaît la pierre qui immédiatement fait cesser tout mouvement ondulatoire sur le lac.

Les faux bruits (acouphènes) comme les tourments ne sont que l'expression d'événements qui ont pris possession de notre centre et ne cesse de s'agiter ne permettant pas de retrouver le calme et la sérénité indispensable au silence intérieur.

Notre pétase sur la tête nous devrions être fier du chemin déjà accompli. Nous avons des pensées capables de s'envoler. Mais comme Hermès le trois fois grand il nous fait aussi chausser les semelles ailées et donc de se libérer de cette densité, de cette matière qui s'exprime au travers des mots comme avoir, pouvoir, devoir, ça voir. Cela nous conduit à être enfin tout simplement ce que je suis, sans fard ni jeu mais avec la satisfaction de ne plus se mentir et chuchoter des informations erronées qui en fait ne trompent personne.

Jean Motte






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