Méditation humaniste

Texte du traité du vide parfait.


"Pai-hounn-ou- jenn étant allé visiter Lie-tzeu, vit devant sa porte une quantité de souliers (indice de la présence de nombreux visiteurs). Il repartit sans mot dire. Cependant le portier avait averti Lie-tzeu. Celui-ci saisit vivement ses sandales, et sans prendre le temps de les chausser, courut après son ami. Pourquoi partez-vous ainsi, sans me laisser aucun avis utile ? — A quoi bon désormais ? dit Pai- hounn-ou-jenn. Vous avez des maîtres maintenant. Sans doute, vous ne les avez pas attirés, mais vous n’avez pas non plus su les repousser. Quelle influence aurez- vous désormais sur ces gens-là? On n’influence qu’à condition de tenir à distance. A ceux par qui l’on est gagné, on ne peut plus rien dire. Ceux avec qui l’on est lié, on ne peut pas les reprendre. Les propos de gens vulgaires, sont poison pour l’homme parfait. A quoi bon converser avec des êtres qui n’entendent ni ne comprennent ?"


La renommée est un poison pour l'homme parfait. La recherche de celle-ci nous conduit à des alliances trop intimes qui empêchent ensuite toute relation vraie.

Le maître et l'élève peuvent cheminer ensemble mais cela ne fait pas d'eux des amis. Le thérapeute et le patient peuvent travailler ensemble mais cela ne fait pas d'eux des amis.

Le patron et son employé peuvent œuvrer ensemble, mais cela ne fait pas d'eux des amis. A chaque fois que se forgera une amitié issue du cadre très particulier de la subordination, il y aura risque que la situation devienne complexe voire délétère.

Il est très difficile de maintenir le centre, c'est-à-dire sa verticalité sans chavirer dans la satisfaction de l'ego qui se glorifie d'être reconnu.

Reconnu implique nécessairement qu'il y eut d'abord connaissance. Et je crois qu'ici nous touchons le réel problème. La connaissance est mal comprise. Il ne s'agit aucunement de se remplir comme un sac mais bien de se vider. La connaissance c'est être suffisamment dépouillé pour s'ouvrir et laisser entrer le "divin". Nous ne faisons pas l'expérience du subtil mais c'est le subtil qui fait l'expérience de la matérialité.

J'aime particulièrement dire à mes élèves: si tu veux connaître l'aube tu dois emprunter le chemin de l'obscurité. Celle-ci nous conduit à la solitude, à la non-différenciation. Ne dit-on pas: "tous les chats sont gris"? Cette obscurité est LE passage vers la lumière et la connaissance. C'est la NIGREDO alchimique qui nous invite à nous diluer dans la non-lumière. A la sortie de cette immersion il y aura l'ALBEDO l'œuvre au blanc, la couleur de l'aube qui nous conduira à la RUBEDO, la pierre philosophale.

Le vide dont parle Lie Tse est à ce point important que tout son ouvrage nous montre de quoi il ne doit pas être rempli.

Chacun sa place est la loi la plus importante afin de pouvoir s'entraider sans se déchirer. Aujourd'hui, nous avons du mal à comprendre ce principe essentiel et pourtant il est indispensable de le respecter afin que l'élève puisse un jour dépasser le maître dans l'humilité et la transformation intérieure et non extérieure. C'est la différence entre briller et rayonner.



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