Les points d'acupuncture traditionnelle

la vérité se perd dans l’obscurité du passé. Comment les points d’acupuncture ont-ils été répertorié, trouvé, agencé ? Cette question est et reste toujours sans réponse. Tout ce que l’on peut faire, c’est de tenter une explication au travers des textes, contes et transmissions orales qui mis bout à bout forment une sorte de fil conducteur dont on peut penser qu’une grande partie est vraie.

La première fois que je posais cette question à mon professeur Charles Laville-Méry, je fus accueilli assez vertement😉 . Il y a des questions qui doivent se taire et rester sans réponses, pourtant cela ne me convenait pas.

Dans mon enfance, je fus bercé par l’histoire suivante :

L’empereur Yao devait partir combattre à cheval les lignes ennemies. Ce jour-là il avait une céphalée carabinée, celle dont ne souhaiterait pas même à son ennemi (et dieu seul sait qu’il en avait !). Son médecin personnel n’arrivait pas à la lui ôter quand bien même il utilisait tout l’arsenal des plantes à sa disposition. De dépit l’empereur enfourcha son cheval et partit rejoindre ses troupes. Lors du combat il reçut une flèche sous la malléole externe et son mal de tête disparut immédiatement. De retour au camp il en parle à son médecin qui fera la même constatation en piquant au même endroit toutes les personnes ayant ce symptôme.

Pour autant que cette histoire soit jolie elle n’en demeure pas moins très simplette car il y a quand même 365 points !

L’autre histoire me fut contée par un très vieil acupuncteur vietnamien qui m’expliqua que les points furent trouvés en fonction de ce que vivait les personnes au quotidien. Ils purent ainsi, petit-à-petit constituer un énorme répertoire de points et donc de fonctions.

Prenons cette personne qui est dans la rizière toute la journée, l’eau arrivant à mi-cuisse à l’époque selon les moyens de culture. Des crampes et des douleurs des membres inférieurs étaient courant chez ces personnes. Un point, le 31 VB (Fengshi GB-31) devenait douloureux si celles-ci avaient des difficultés à arracher les herbes car leurs mains étaient douloureuses.

Le 32 VB (Zhongdu GB-32) devenait douloureux pour cette autre qui souffrait de sciatique et le 33 VB (Xiyangguan GB-33) s’activait lorsque cette autre encore souffrait des genoux.

Le soir, dans les maisons, lorsque la nuit tombait l’hiver, il faisait nuit vers 16h00. Les paysans avaient froids et se couvraient en cherchant à se chauffer les pieds.

Le 62 V (Shenmai BL-62) nommé heure de Chen donc heure de 16h00 en français signifiait que les bougies s’allumaient afin de chauffer le méridien qui se nommait grand froid parce qu’en hiver.

Et c’est ainsi que par l’observation patiente, le glossaire de points augmentait.

Cette personne qui avait mal au ventre se massait instinctivement un point. Il fut décidé qu’il se nommerait 12 RM, milieu de l’estomac (Zhongwan CV-12).

Mais cette observation patiente conduisait à découvrir des choses encore plus extraordinaires.

Cet homme assez âgé se plaignait d’avoir des douleurs au cœur qui le transperçaient jusqu’au dos. Et en disant cela il appuyait sur le même point le 12 RM. Ainsi, le glossaire de points s’étoffait aussi de multiples symptômes, tous liés à l’observation.

A la chasse il fallait avoir un bon odorat car bien avant que la proie soit vue il fallait la sentir. Sentir le danger est essentiel sinon on peut tout simplement en mourir. Et comment fait-on pour sentir le danger ? On dilate nos narines. Voilà un nouveau point né, le 20 GI accueil des parfums (Yingxiang LI-20) quels qu’ils soient.

Il ne faut pas croire que cela s’est fait sur une centaine d’année. Oh que non ! des milliers d’années, des milliers d’années à se transmettre de chaman à homme médecine, d’homme médecine à acupuncteurs, ces secrets de points magiques permettant de guérir, le chasseur, le planteur, le clan en totalité.

La nomenclature s’étoffait au fil des siècles. Certains points se déterminaient par le lieu où était la douleur comme, l’épaule Nao, le coude Zhou, le poignet Wanggou, le pubis Tsiou kou, la pupille Tong Tse. D’autres points se nommaient par rapport aux fonctions Yin ou Yang ou bien liquides ou salives, ou encore tendons ou chair.

A force, les 365 points furent acceptés comme étant le fondement sur quoi l’acupuncteur travaillerait. Un peu comme le pianiste qui a des notes de musiques, l’acupuncteur a un répertoire de points. Il peut ainsi conter une histoire.

Par exemple ce patient qui vient pour une entorse de cheville survenue après une immense fatigue, obligé de travailler sans avoir l’autorisation de se reposer se verra piquer les points suivants : le 61V (participation du serviteur BL-61), 34 VB (source de la colline externe GB-34), 7R (rétablir la circulation KD-7) et 4F (espace frontalier LV-4). Il suffit de faire une sorte de mantra en français (bien sûr cela se faisait en chinois) comme par exemple : la participation du serviteur à l’espace frontalier permet de rétablir la circulation à la source de la colline. En se répétant cette phrase tous les jours, le patient stimule la fonction des points par la parole, acte créateur par excellence. C’est une chose que je fais très souvent avec mes patients et c’est incroyable comment une séance peut se prolonger dans le temps.

Mais 365 points, c’est beaucoup. Et il fallait trouver un système qui permettent de les regrouper. Le ciel fut certainement le guide de cette entreprise. Vous avez sans doute déjà observé les étoiles la nuit. Si vous ne connaissez absolument pas celles-ci, vous êtes vite désorienté et perdu. Vous lâchez tout bonnement l’affaire et oubliez cet univers borné sans limites. Mais si une personne vous guide dans le repérage, alors vous découvrez un monde merveilleux. Les constellations. Elles se dessinent sous vos yeux parce que les sages de l’antiquité les ont unis par des traits virtuels et cela fait toute la différence. Alors pourquoi ne pas appliquer le même processus ? Et bientôt naquirent des longues chaines de points qui parcouraient le corps comme les fleuves et les rivières qui situent sur la terre.

Les orientaux ne fonctionnent absolument pas comme nous. Certainement parce que leur façon d’écrire de haut en bas fait que leurs yeux montent et descendent, activant certaines aires du cerveau alors que les occidentaux lisent de gauche à droite et bougent leur regard de cette façon activant d’autres régions cérébrales. Les chinois ne cherchent pas à connaitre le plus petit en ouvrant un corps, puis un tissu puis une cellule puis un atome. Ils cherchent à unir ce qui est devant leur yeux avec ce qu’il y a de plus vaste. L’homme avec sa maison, son village, son environnement, sa terre, son pays son univers.

C’est un procédé analogique. Observer et reproduire en fractal. Ainsi ils virent qu’au ciel il y avait 12 constellations comme les 12 fleuves donc les 12 méridiens, qu’il y avait 5 planètes comme les 5 éléments et deux luminaires, le soleil et la lune qui parfois s’unissaient dans de magnifiques éclipses magistrales et éphémères et correspondent à deux énergies essentielles circulant dans le corps.

Mais comment unir d’abord des méridiens à des organes intérieurs car là est le grand défi de la pensée chinoise. Nous avons dix organes en nous (Poumon/Gros intestin/Estomac/Rate/Cœur/Intestin Grêle/Vessie/Rein/Vésicule Biliaire/Foie). Il y avait à l’époque reculée dix méridiens. Pour le méridien du cœur il est facile de le lier au cœur car lorsque celui-ci dysfonctionne il crée exactement cette douleur classique dans le bras. Ils trouvèrent un système leur permettant d’unir les méridiens avec les organes. Cela est assez facile même à notre niveau car en stimulant par exemple un point du méridien de l’estomac, les patients décrivent souvent un trajet particulier exactement en corrélation avec le trajet supposé. Et pour les rattacher aux organes il suffit de savoir quel est celui touché en fonction de la pathologie.

Ainsi un rhume pour le poumon ou une constipation pour le gros intestin et ainsi de suite. Et très vite ils comprirent que ces dix organes devaient s’augmenter de deux fonctions le MC/TR qui feraient 12 méridiens à l’image des12 constellations.

Mais ces secrets n’étaient pas cantonnés aux points. Il y avait aussi l’observation du ciel et de ses lois. Savez-vous que les chinois seront les premiers à décrire précisément les comètes et en répertorieront plus de trente et une notées sur un parchemin retrouvé en 200 avant notre ère ?

Cette pensée naturaliste et surtout vitaliste va enraciner définitivement l’acupuncture dans l’art de préserver sa vie en obéissant aux lois qui gouvernent le ciel et la terre.

Tous les 11 ans le soleil s’agite et des taches noires apparaissent sur son beau cercle jaune. Là encore les chinois décriront ces taches solaires et comprendront le cycle de 11 ans.


J'espère sincèrement vous avoir éclairé et vous souhaite une très bonne journée.

Jean



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